Tiers-lieu, késaco ?



C'est dans un contexte urbain des Etats-Unis d’après-guerre que Ray Oldenburg théorise en 1989 " the great good place " où le tiers-lieu se présente comme un " espace intermédiaire entre le domicile et le travail, un lieu hybride permettant des rencontres dans un cadre convivial et accessible, créateur de liens ". Comme ont pu l'être auparavant l'agora grecque, le café français, le pub anglais, la taverne américaine, le salon de coiffure, la bibliothèque, les espaces communautaires.

Le chercheur y raccorde plusieurs principes : gratuit ou bon marché, proposant de la nourriture ou des boissons, facilement accessible, hospitalier et confortable, accueillant un public d’habitués où l’on s’attendrait à se faire de nouveaux amis et à rencontrer des anciens, où la conversation est l’activité centrale, où les relations hiérarchiques de travail sont abolies, où l’humeur est détendue, et où les rencontres sont informelles et familières.


Depuis les années 2000, la notion de tiers-lieu évolue car elle inclut les enjeux actuels (mobilité, développement durable, emploi, friche et territoire) et les nouvelles technologies d'information/communication. Cela permet de créer une multiplicité de typologies de lieux.

En 2018, l'architecte urbaniste Raphaël Besson classe les tiers-lieux de la manière suivante:

• Les tiers-lieux d'activité (coworking, bureaux en openspace, télécentres, centres d'affaires, pépinières, incubateurs)

• Les tiers-lieux culturels (bibliothèque, troisième lieu, coworking universitaire, friches culturelles, learning center, museomix)

• Les tiers-lieux innovation

• Les tiers-lieux sociaux

• Les tiers-lieux de service d'innovation publique


Ils ont tous la volonté de mettre en commun des espaces, des outils commerciaux/administratifs, leurs prises de risques et leur financement.

Ils innovent dans la notion de collectivité, dans des mutualisations librement choisies au cas par cas et dans la création de coopérations entre acteurs et communautés. Un écosystème se crée, un réseau se dessine, ce qui permet à l'individu de se trouver une place dans le collectif.

Nouvelles fabriques de territoire à géométrie variable, les tiers-lieux sont à l'image de ses acteurs qui y ont la possibilité de produire, d'échanger et de découvrir une nouvelle façon de faire, travailler ou de tisser des liens.


Leurs usagers peuvent être des travailleurs indépendants, des porteurs de projets, des salariés qui télétravaillent, des associations ou des petites entreprises hébergées provisoirement ou durablement, voire des agents de service public (en milieu rural par exemple) et encore des étudiants, des demandeurs d'emploi, des retraités.


De nombreux tiers-lieux se dotent d’une charte qui énonce leurs valeurs (open-source, développement durable, économie sociale et solidaire…) et d’une gouvernance démocratique qui permet à la communauté de ses usagers d’en gérer collectivement l’accès, le fonctionnement et le développement comme un (bien) commun.


Implantés localement, ces lieux hybrides peuvent constituer une alternative à l’entreprise conventionnelle et au travail indépendant. Issus le plus souvent d’une initiative entrepreneuriale privée ou d’une démarche citoyenne, ils peuvent également être soutenus voire initiés par la puissance publique. Ils ont comme objectifs de développer du lien social en créant des conditions nécessaires pour générer des rencontres et du partage, et de développer le circuit court en transversalité (énergie, alimentaire, mobilité).

A l'échelle globale, les tiers-lieux permettent de se réapproprier le territoire, et d'accompagner les transitions en créant de la résilience face aux risques.


Ces différentes caractéristiques font sans doute des tiers-lieux, des laboratoires préfigurant l’entreprise de demain, une (co-)entreprise collaborative capable de réconcilier la conception (design) et la fabrication (du prototype à l’objet sur mesure, capable de répondre de manière durable aux besoins spécifiques des utilisateurs locaux), permettant ainsi une relocalisation progressive de la production manufacturière et l’avènement d’une économie « distribuée » reposant sur des modèles ouverts et la coopération entre pairs.


Pour le sociologue Antoine Burret, un tiers-lieu est " une configuration sociale particulière où se produit une rencontre entre des entités individuées qui s’engagent intentionnellement à la conception d’une représentation commune, c’est-à-dire à responsabilité partagée ".


France tiers-lieux a mis en place un outils interactif afin de découvrir dans l'hexagone l'ensemble des tiers-lieux existants et de leur typologie :

https://cartographie.francetierslieux.fr/


Pour en savoir plus :

https://youtu.be/_z8TEKzwrSY



Voici notre projet pour Sèvres :

Un tiers-lieu, pour vivre, se rencontrer et travailler autrement !


Depuis 2018 nous travaillons au développement d’un lieu pour :


• Donner la possibilité aux Sévriens de travailler plus près de chez eux

• Mutualiser des services

• Promouvoir la coopération comme moyen d’agir et de s’émanciper individuellement et collectivement

• Accompagner la mutation du travail

• Créer un réseau d’acteurs autonomes, légitimes et distribués, une intégration sociale, économique et culturelle

• Participer à la protection des communs, en créant des ressources partagées

• Contribuer collectivement au développement des territoires par des projets démocratiques et citoyens